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  • «Des antipresseurs naturels»

    Beaucoup d’études ont souligné le rôle protecteur des omégas 3 vis-à-vis des maladies cardiovasculaires et des troubles du rythme. Les rhumatologues s’intéressent en parallèle à leurs effets anti-inflammatoires.

    Mais ces lipides pourraient également posséder une certaine action antidépressive. Les arguments en faveur de ce lien sont tout d’abord d’ordre épidémiologique. La prévalence de la dépression en général, de la maladie bipolaire et du baby blues est plus faible en Asie, continent où l’on mange beaucoup de poisson, qu’en Europe. Dès 1990, une relation inverse a, par ailleurs, été mise en évidence au Japon entre consommation de poisson et risque suicidaire. Enfin, une relation a été décrite entre l’intensité des symptômes dépressifs et le taux dans l’organisme des omégas 3.

    « Certains essais thérapeutiques concluent aussi à un effet protecteur de ces acides gras poly insaturés vis-à-vis des troubles dépressifs de la maladie bipolaire mais non des épisodes maniaques », explique le Dr Galinowski (service du Pr. Olié, hôpital Sainte-Anne, Paris). Ainsi, l’étude de A. L. Stoll et al., qui a été menée en 1999 chez trente patients bipolaires, a-t-elle rapporté une réduction significative de 60 à 10 % du taux de récidives à quatre mois en comparaison du placebo après consommation de 9,2 g/j d’oméga 3.

    Chez ces patients bipolaires, dont 40 % avaient des cycles rapides, le délai d’apparition des rechutes a également été retardé après consommation de ces acides gras.

    « Les deux tiers des essais sont également positifs dans les épisodes dépressifs majeurs », ajoute le Dr Galinowski. L’étude de M. Peet et D. F. Horrobin, conduite en double aveugle contre placebo durant douze semaines chez soixante-dix patients porteurs de dépression majeure résistante, a ainsi conclu à l’efficacité de la prise de 1 g/j d’acide éicosapentaénoïque (EPA) pour des critères comme la dépression, l’anxiété, le sommeil, la libido, le risque suicidaire. Dans l’essai de K. P. Su et al., mené en double aveugle contre placebo durant huit semaines chez vingt-huit patients souffrant de dépression majeure, une relation a été relevée entre l’amélioration clinique et la consommation de ces lipides.

    Leur effet antidépresseur pourrait découler d’une diminution du turn-over des phospholipides cérébraux, d’une modification de la plasticité membranaire (NR c’est comme de dire que l’eau mouille!!!) et de changements de la fonction de neuromédiateurs comme la sérotonine et la dopamine.

    Au total, pour le Dr Galinowski, bien que probablement modeste, l’efficacité des omégas 3 est donc établie dans les troubles de l’humeur.

    Reste à déterminer quels sont les composés les plus efficaces et quelles sont leurs posologies optimales.

    D’après la communication du Dr André Galinowski (hôpital Sainte-Anne, Paris), lors du Congrès de l’encéphale 2008.

     

    EN SAVOIR PLUS

    1/ Beaucoup d’études, conduites dans la schizophrénie, sont également positives avec les omégas 3, et l’addition de 2 g d’EPA à la clozapine semble, par exemple, accroître un peu les effets de cet antipsychotique.

    2/ Les omégas 3 ont également été utilisés dans le trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (Tdah) de l’enfant Mais « les preuves en faveur de leur activité sont là aussi mains convaincantes que chez les déprimés », juge le Dr Galinowski.